Infatigable
et insatiable travailleur Jean-Pierre Formica, une œuvre à peine
terminée, pense déjà à celle qui est sur le point de la suivre et de le
surprendre. Ayant quitté ses rêves d’enfants qui furent plutôt des
cauchemars le créateur poursuit à travers ses œuvres une quête de
lui-même et du monde. Un monde et un soi non fixes mais complexes comme
l’œuvre elle-même en ses séries, ses digressions tout sauf
intempestives.
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Pour
Jean-Pierre Formica aime explorer des lieux car chacun garde des
stigmates particuliers de diverses formes de culture. En France la Grèce
antique et la civilisation romaine ne sont jamais loin. Pour autant
s’en rapprocher comme le propose l’artiste n’a rien d’une attitude
passéiste. Par ces traces l’artiste cherche ce qu’il nomme une «
surnature » et qui dans l’exposition à la galerie Hélène Bailly prend
le nom de « métamorphoses ».
Jouant avec l’instabilité des états de la matière dont ses statues de
sel sont l’exemple parfait, l’artiste est toujours à la recherche d’un
lien avec la mémoire, le temps, la trace et divers types d’empreintes.
Face au monde du virtuel et du numérique comme devant celui du seul
élément végétal ou biologique et contre tout effet de fossilisation il
propose des ouvertures esthétiques. Dès lors entre nature et culture le
travail du geste et de l’outil retrouve sa place. Formes et informes
gardent partie liée, ce sont les Janus à deux faces qui se répondent et
témoignent du travail de l’homme. En jouant dans « Métamorphoses » de
ce double surgissement des formes et de l’informe l’artiste offre des
images qui sont à la fois d’avant et d’après monde. Archaïques en
apparence elles embrayent directement sur le temps. Mais un temps où le
rôle de l’homme reprend une valeur essentielle face aux effets de nature
comme de civilisation.
Dans ce but le travail de Jean Pierre Formica reste chevillé sur des
états qu’on nommera « passant ». L’œuvre même lorsqu’il s’agit de
peinture ou de céramique témoigne d’une déliquescence et de la ruine
tout en l’excédant et la magnifiant. L’acte de peindre et de créer est
donc autant un creusement, une destruction qu’une métamorphose. Elle
peut parfois se produire tout « simplement » en abandonnant une œuvre
pour passer à une autre dans un travail de sérialité ou essais et œuvres
retenus se juxtaposent. Tout est de l’ordre de station provisoire, de
mobilité jusque dans la fixité de la peinture ou de la céramique On peut
donc parler d’un travail de précipitation. Il secoue autant notre
mental que la matière.
La peinture en tant que “ chose à voir ” est
touchée, manipulée par l’artiste. Il devient acteur de ses formes
peintes sur de grands papiers afin qu’elles entrent en dialogues avec
d’autres langages ou matières : bronze, pâte, sculpture, céramique.
Cette pratique offre une valeur ajoutée à la perception de l’œuvre
d’art. Dès lors l’humilité apparente de cette stratégie révèle un art à
la fois archaïque et complexe.
Par ses jeux de combinaisons à la
base de l’activité créatrice l’artiste abandonne toute subjectivité
narcissique. Il engendre une expérience certes personnelle mais avant
tout à partager. Jean-Pierre Formica souhaite toujours instaurer par
chaque création de la beauté. Elle reste pour lui vecteur de vérité sur
la nature même de l’essence humaine. On peut trouver cela prétentieux ou
idéaliste. De fait par l’instabilité de l’œuvre en ses expérimentations
et ses substances surgit une aventure d’avant et d’après le langage
articulé. Ce passage demeure essentiel et vient prendre à revers les
concepts de temps et de délais. En ce sens il y a là comme Kaeppelin l’a
écrit « une sorte d’extase temporelle ».
Jean-Paul Gavard-Perret